Sélection de livres en sciences sociales (3/4)

Tous les livres sciences sociales

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Respect : Le rock au féminin

En 1967, Aretha Franklin reprend « Respect » d’Otis Redding en inversant le sens des paroles pour dénoncer le règne de la misogynie. Elle n’est pas seule dans ce combat. Dans la société comme en musique, les femmes doivent gagner leur place. Mettant en avant les voix de la rébellion, l’ouvrage présente l’histoire méconnue d’un rock au féminin. Il dresse une galerie de portraits, d’attitudes et de paroles, des pionnières du blues comme Bessie Smith ou Ma Rainey, aux plus récentes et dissemblables Beyoncé et Beth Ditto de Gossip, en passant par la résistance de Wanda Jackson, l’insoumission de Nina Simone, les transgressions de Janis Joplin, l’irrévérence de Donna Summer, le féminisme de Patti Smith, la radicalité du riot grrrl et l’ambiguïté du girl power, sans omettre l’engagement de Françaises comme Colette Magny ou Brigitte Fontaine.


L’expérience intérieure

Georges Bataille (1897-1962) est une figure singulière dans la philosophie et l’anthropologie contemporaines. Son itinéraire – profondément désordonné et tout à la fois spirituel, politique et littéraire – répond, par-delà les limites du convenu, à la volonté de révéler une vue souveraine, dégagée des servitudes qu’impose la vie. L’expérience intérieure en fournit une belle illustration, qui s’interroge sur la souffrance s’avouant du désintoxiqué, une fois que l’homme se convainc de ses deux seules certitudes : qu’il n’est pas tout et qu’il est mortel. Alors l’esprit se meut dans un monde étrange où l’angoisse et l’extase se composent. Bataille en décrit ainsi le mouvement : «C’est jouer l’homme ivre, titubant, qui, de fil en aiguille, prend sa bougie pour lui-même, la souffle, et criant de peur, à la fin, se prend pour la nuit».


Beauté fatale

Comment les industries du  » complexe mode-beauté  » travaillent aujourd’hui à entretenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au cœur de la sphère culturelle. Le corps féminin est sommé de devenir un produit, de se perfectionner pour mieux se vendre. Soutiens-gorge rembourrés pour fillettes, obsession de la minceur, banalisation de la chirurgie esthétique, prescription insistante du port de la jupe comme symbole de libération : la  » tyrannie du look  » affirme aujourd’hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du  » complexe mode-beauté  » travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au coeur de la sphère culturelle.


L’institution imaginaire de la société

Critique sans concession de la  » pensée héritée  » sur la politique, la société et l’histoire, en particulier dans sa version marxiste, ce livre inclassable s’est affirmé comme une des œuvres majeures de la seconde moitié du XXe siècle, au carrefour de la politique, de la philosophie, de la psychanalyse et de la réflexion sur la science. Partant de la reconnaissance du rôle des significations imaginaires dans la création de notre monde, l’auteur y défend le projet d’une auto-institution explicite de la société. Cornelius Castoriadis fut co-fondateur du groupe et de la revue Socialisme ou Barbarie, ses écrits de cette période sont réédités depuis 2012 aux Éditions du Sandre. Il a été économiste à l’OCDE (1948-1970), psychanalyste (1973-1997), directeur d’études à l’EHESS (1980-1995).


Chez soi

Le foyer, un lieu de repli frileux où l’on s’avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l’on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l’ardeur que l’on met à se blottir chez soi ou à rêver de l’habitation idéale s’exprime ce qu’il nous reste de vitalité, de foi en l’avenir. Ce livre voudrait montrer la sagesse des casanier.es, injustement dénigré.es. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l’on croyait fuir revient par la fenêtre. Difficultés à trouver un logement abordable, ou à profiter de son chez-soi dans l’état de  » famine temporelle  » qui nous caractérise. Ramifications passionnantes de la simple question :  » Qui fait le ménage ?  » ; persistance du modèle du bonheur familial, alors même que l’on rencontre des modes de vie bien plus inventifs… Autant de préoccupations à la fois intimes et collectives, passées ici en revue comme on range et nettoie un intérieur empoussiéré : pour tenter d’y voir plus clair et de se sentir mieux.


King Kong théorie

« J’écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l’idéal de la femme blanche séduisante qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu’il n’existe pas ». En racontant pour la première fois comment elle est devenue Virginie Despentes, l’auteur de Baise-moiconteste les discours bien-pensant.es sur le viol, la prostitution, la pornographie. Manifeste pour un nouveau féminisme.


D’une révolution conservatrice : Et de ses effets sur la gauche française

Lorsque la gauche arriva au pouvoir, en mai 1981, nombre de ceux qui avaient participé à la contestation des années 1960 et 1970 considérèrent que cette victoire était un peu la leur : ils pensèrent que les socialistes allaient inventer un nouvel art de gouverner permettant de réconcilier la critique radicale et la réforme effective. Il leur fallut déchanter : les socialistes furent changés par l’exercice du pouvoir et se mirent à dénoncer les mouvements sociaux et les intellectuels qui les soutenaient. Dans le même temps, s’opérait un glissement vers la droite de toute la vie intellectuelle française, produit dans une large mesure par le travail de cénacles idéologiques. C’est le divorce qui s’installa alors entre une gauche officielle gagnée au néo-conservatisme et une gauche critique renvoyée à la radicalité pure qui explique la défaite du candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2002. C’est de cette séquence – et de ses conséquences actuelles – que Didier Eribon entreprend ici l’analyse historique, théorique et politique.


Médiactivistes

En réaction à la concentration de la production d’information entre les mains de puissants conglomérats de presse, un « médiactivisme » s’est développé tout au long du XXe siècle jusqu’à nos jours. Dès l’origine, Il a pris deux voies parallèles : celle d’un combat contre l’hégémonie culturelle des médias traditionnels, et celle de la production d’un autre type d’information, sur des bases militantes, locales ou communautaires. Alternatif ou militant, ce médiactivisme n’a cessé de s’adapter aux mutations de l’espace journalistique et du répertoire de l’action collective. Cette histoire des médias alternatifs depuis les années 1960 met en lumière la grande diversité des expériences, qu’il s’agisse de la création de journaux révolutionnaires, de médias communautaires, de radios libres, d’agences de presse dans les pays du Sud, ou, plus récemment, d’un activime qui s’exprime sur internet.


Des femmes contre des missiles 

En 1981, sur fond de Guerre froide, des femmes organisent, autour de la base militaire de Greenham Common en Angleterre, un camp pacifiste pour protester contre la décision de l’OTAN de stocker des missiles nucléaires sur ce site. Par une série d’actions non-violentes directes à Greenham Common et à travers l’Angleterre tout entière, des femmes ont ainsi exprimé leur opposition à la guerre, au militarisme, à la violence, prenant le parti de la justice, de la paix, de la créativité, des échanges et de la joie. Alice Cook et Gwyn Kirk, qui ont participé au mouvement, ont écrit ce livre en 1983 pour inciter les autres à convertir leurs sentiments de passivité, d’inertie et d’impuissance en actions réelles. La clairvoyance, le courage et l’exubérance des femmes de Greenham peuvent aujourd’hui encore servir de modèle aux activistes. Dans sa préface, Benedikte Zitouni revient sur cette puissante expérience collective qui a duré près de vingt ans et met en lumière l’héritage que nous pouvons en tirer à une époque où l’avenir est incertain.


Riot Grrrls

Sur un mode subjectif et partisan, dans la veine d’un Lester Bangs, le récit de l’aventure punk rock née il y a près de 25 ans du cri de colère et de ralliement lancé par une poignée de jeunes féministes nord-américaine underground :  » Revolution, Grrrl Style, Now !  » Le mouvement des riot grrrls –les  » émeutières  » – était né. Des groupes de femmes, dont le légendaire Bikini Kill, partaient à l’assaut, bien décidées à rendre  » le punk plus féministe, et le féminisme plus punk « . Au début des années 1990, de jeunes féministes nord-américaines lançaient du fond de leurs tripes un cri de colère et de ralliement dans le milieu punk underground :  » Revolution, Grrrl Style, Now !  » La culture riot grrrl – littéralement, les  » émeutières  » – était en train de naître. Des groupes comme Bikini Kill ou Bratmobile partaient à l’assaut de la production musicale, décidés à rendre  » le punk plus féministe et le féminisme plus punk « .


Queer Zones : Tome 3, Identités, cultures et politiques

Marie-Hélène Bourcier (désormais Sam Bourcier) y poursuit ses analyses des politiques sexuelles et des zones « érogènes » hautement politiques identifiées dès Queer Zones 1 comme espaces de transformation subjective et sociale : le SM, la post-pornographie et les subcultures trans. Elle/il y souligne les conséquences politiques du refus français d’un cultural turn, dont les effets se font sentir à travers un canon universitaire étriqué et excluant, mais aussi, plus généralement, dans les politiques de l’identité pratiquées en France. Queer Zones 3 s’affirme comme un moment de rupture assumée avec les politiques LGBT officielles, dont l’homonationalisme et l’agenda homonormatif sont aux antipodes des projets politiques queer. Pour Marie-Hélène/Sam Bourcier, ces politiques participent d’une gouvernementalité des minorités qui contredit l’un des fondamentaux des luttes féministes, antiracistes et queer : l’empowerment. Queer Zones 3 est ainsi une réflexion sur les ressources et l’orientation de notre « queerisation », un appel à l’action et à la créativité politique, qui s’efforce de dégager les conditions d’une nouvelle « désorientation sexuelle » visant à bouleverser notre conception moderne de l’homosexualité et de l’hétérosexualité.


Les lois de l’enfantement : Procréation et politique en France (1982-2011)

Dès la venue au monde, en 1982, du premier « bébé-éprouvette » français, d’intenses débats de société surgissent. La technique ne risque-t-elle pas de déshumaniser la naissance ? La parenté est-elle avant tout biologique ou d’abord sociale ? Les familles issues des laboratoires de la fertilité seront-elles des familles comme les autres ? Un long processus se met en marche, qui aboutit à l’adoption des lois de bioéthique en 1994. En France, seuls les couples composés d’un homme et d’une femme vivant une relation stable seront admis, les dons de sperme ou d’ovocytes seront gratuits et anonymes, les mères porteuses interdites. Quinze ans plus tard, la loi est remise en chantier. Les moeurs ont évolué, la famille s’est diversifiée. Des enfants nés grâce à un donneur revendiquent le droit de connaître leurs origines. La gestation pour autrui n’est pas éradiquée. Les familles homoparentales éclosent et demandent à être reconnues. La controverse renaît, et les politiques doutent. Cependant, contre toute attente, la loi est reconduite en l’état. Une synthèse inédite sur trente ans de débats publics et de décisions politiques autour d’un sujet de société révolutionné par les progrès scientifiques.


Muriel Darmon – Classes préparatoires

Qui sait ce qui se passe réellement aujourd’hui derrière les murs des classes préparatoires ? Accusées de tous les maux – fabriquer des crétins ou désespérer leur jeunesse – ou célébrées comme formation d' » élite  » – dans l’oubli de sa contribution à la reproduction sociale –, les  » prépas  » sont en réalité très mal connues. Cette première enquête ethnographique sur les classes préparatoires vient donc combler un manque et remettre en question nombre d’idées reçues. Au travers d’une analyse très originale de l' » institution préparatoire « , Muriel Darmon nous montre quels types de sujets y sont  » fabriqués « . Elle met ainsi au jour les dispositifs de pouvoir qui s’y exercent, la manière dont l’institution produit une certaine forme de violence envers les élèves tout en étant soucieuse de leur bien-être, comment elle opère en individualisant à l’extrême plutôt qu’en homogénéisant et comment, ce faisant, elle renforce sa prise sur les individus.


Les Oeuvres de Frantz Fanon

Frantz Fanon, psychiatre et militant anticolonialiste, a laissé une œuvre qui, un demi-siècle plus tard, conserve une étonnante actualité et connaît un rayonnement croissant dans le monde entier. Médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida (Algérie) à partir de 1953, il est confronté aux effets de la situation de  » déshumanisation systématisée  » dont sont victimes les  » indigènes « . Cela le conduit très vite à rejoindre le combat du Front de libération nationale qui a engagé en novembre 1954 la  » guerre de libération  » de l’Algérie. Deux ans plus tard, il démissionne de son poste et rejoint le FLN à Tunis, où il collabore au journal El Moudjahid, avant d’être emporté, le 6 décembre 1961, par une leucémie à l’âge de trente-six ans. Sa trajectoire fulgurante est marquée par la publication de trois livres majeurs : Peau noire, masques blancs (Seuil, 1952), L’An V de la révolution algérienne (Maspero, 1959), Les Damnés de la terre(Maspero, 1961). Et en 1964, François Maspero publie un recueil de certains de ses textes politiques, sous le titre Pour la révolution africaine. Ce sont ces quatre ouvrages que réunit ce volume, complété par une préface de l’historien Achille Mbembe et une introduction de la philosophe Magali Bessone.


Figures de la révolution africaine

Jomo Kenyatta, Aimé Césaire, Ruben Um Nyobè, Frantz Fanon, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Malcolm X, Mehdi Ben Barka, Amílcar Cabral, Thomas Sankara… Longtemps regardés avec dédain par ceux qui, depuis les années 1980, décrétèrent la mort du tiers-mondisme et le triomphe du néolibéralisme, ces noms reviennent à l’ordre du jour. Avec l’atmosphère de révolte que l’on sent monter aux quatre coins du monde, ces figures majeures de la libération africaine suscitent un intérêt croissant auprès des nouvelles générations. Refusant d’en faire de simples icônes, Saïd Bouamama redonne corps et chair à ces penseurs de premier plan qui furent aussi des hommes d’action. Leurs vies rappellent en effet que la bataille pour la libération, la justice et l’égalité n’est pas qu’une affaire de concepts et de théories : c’est aussi une guerre, où l’on se fourvoie parfois et dans laquelle certains se sacrifient. S’il ne cache pas son admiration pour ces figures rebelles, dont la plupart moururent effectivement au combat, Saïd Bouamama n’en fait pas des martyrs absolus : la pensée en action est toujours située, incertaine, inachevée.


Mark Boyle : L’homme sans argent

Pendant des millénaires, l’humanité a vécu sans argent. Aujourd’hui, rien ne semble possible sans une carte bancaire et quelques billets de banque. « Et si je passais une année entière sans argent ? » Au départ, c’était un pari un peu fou, qui devait s’arrêter au bout de douze mois. Pour l’ex-homme d’affaires Mark Boyle, c’est devenu un mode de vie durable. Dans L’Homme sans argent, il nous raconte son aventure. Que manger ? Où vivre ? Comment se laver ? Comment avoir une vie amoureuse, des amis, garder contact avec sa famille ? Mark Boyle a appris tout cela à la dure. Son livre nous fait réfléchir à la fois sur la place de l’argent dans notre vie et sur les mille manières de s’en passer. Faire des économies est un défi quotidien. Mark Boyle nous parle de dentifrice de seiche, de nourriture de saison, d’échanges de savoirs et de toilettes à compost, de la manière de passer un Noël sans argent. En suivant les règles strictes qu’il a lui-même mises en place, Mark revient à l’essentiel et trouve des moyens ingénieux pour se débarrasser de ses factures et s’épanouir dans la gratuité. Avec humilité, sagesse, et un grand sens de l’humour, il a écrit le livre culte de la décroissance.


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