Sélection de livres en sciences sociales (1/4)

Sélection numéro 1 des livres en sciences sociales

Notes :

  • Je n’ai pas mis tous les livres de la Collection Sorcières (Ed Cambourakis) mais vous pouvez retrouver l’article dédié ici. 
  • Si vous êtes intéressé.e par l’un des ouvrages, il vous suffit de cliquer sur le titre pour en faire acquisition.
  • Je précise que si vous achetez un produit en passant par les liens de cet article, je toucherai une petite commission sur chaque vente sans aucun sur-coût pour vous. Vous m’aiderez ainsi à continuer mon travail sur ce site,  le podcast des Créatives* et mon blog voyage

Caliban et la Sorcière

L’auteure nous invite à réfléchir aux rapports d’exploitation et de domination, à la lumière des bouleversements introduits à l’issue du Moyen Âge. Un monde nouveau naissait, privatisant les biens autrefois collectifs, transformant les rapports de travail et les relations de genre. Ce nouveau monde, où des millions d’esclaves ont posé les fondations du capitalisme moderne, est aussi le résultat dun asservissement systématique des femmes. Par la chasse aux sorcières et lesclavage, la transition vers le capitalisme faisait de la modernité une affaire de discipline.

Fragiles ou contagieuses : Le pouvoir médical et le corps des femmes

En 1973, quelques mois après le succès de Sorcières, sages-femmes & infirmières, Barbara Ehrenreich et Deirdre English publient un second pamphlet dans lequel elles continuent leur exploration de l’histoire de l’avènement de la profession médicale masculine au XIXe siècle. Dans Fragiles ou contagieuses, elles montrent comment la médecine a construit des types de discours différents en fonction des classes sociales : l’un enfermant les corps des femmes de la bourgeoisie dans la fragilité et l’hystérie, l’autre décrivant au contraire les corps des femmes des classes populaires comme résistants mais vecteurs de maladies contagieuses. Elles relient cette analyse à la situation au début des années 1970 et prônent la réappropriation par les femmes des connaissances sur leur corps. Un nouvel essai percutant, pour des questionnements toujours actuels !

Ne suis-je pas une femme ? : Femmes noires et féminisme

« Ne suis-je pas une femme ? », telle est la question que Sojourner Truth, ancienne esclave, abolitionniste noire des Etats-Unis, posa en 1851 lors d’un discours célèbre, interpellant féministes et abolitionnistes sur les diverses oppressions subies par les femmes noires : oppressions de classe, de race, de sexe. Héritière de ce geste, bell hooks décrit dans ce livre devenu un classique les processus de marginalisation des femmes noires et met en critique les féminismes blancs et leur difficulté à prendre en compte les oppressions croisées ».

Black feminism : Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000

Les textes présentés dans ce recueil du Black Feminism, premier en France, explorent sur une période de trente ans les thèmes de l’identité, de l’expérience singulière, de la sexualité comme la place dans les institutions, les coalitions nécessaires, les alliances possibles, les formes culturelles de rébellion et de lutte. Pourquoi en France, ex-puissance coloniale, l’équivalent d’un féminisme noir n’a-t-il pas existé ?

Do it yourself !

Véritable invitation à l’action, cette sociologie historique décrit la possibilité d’un devenir culturel indépendant des systèmes productifs dominants. Cet ouvrage propose d’en mesurer les impacts concrets en examinant les parcours d’un certain nombre d’acteurs majeurs de la scène punk rock : des artistes (Buzzcocks, Crass, Fugazi…), des fanzines (Sniffin’ Glue, Sideburn, Profane Existence…) et des labels (Rough Trade, Crass Records, Dischord Records…) devenus de véritables modèles pour l’action. De manière originale, dans une langue nerveuse et rythmée, Fabien Hein met en lumière une acception de la notion d’entreprise, qui d’instrument de domination des classes populaires devient un modèle de conduite reposant, pour l’essentiel, sur l’inventivité des acteurs et surtout, sur leur détermination à créer.

La question homosexuelle et transgenre, Politique africaine n°126

Rares sont pourtant les travaux qui permettent de penser au-delà des réactions inspirées par les manifestations d « homophobie » les plus spectaculaires. Après avoir été longtemps considérée comme un continent exclusivement hétérosexuel, l Afrique doit-elle être perçue comme uniformément et par essence « homophobe » ? Ce dossier propose d éclairer certains cas précis de discours hostiles ou de défense des minorités sexuelles, en restituant leur complexité et leur singularité. Bien souvent, les positions de condamnation apparaissent comme un instrument mis au service d objectifs qui dépassent la seule hostilité à l homosexualité ou à la diversité de genre. Mais en même temps, elles alimentent les mobilisations collectives qui contribuent à la politisation et à l entrée dans l espace public de la question homosexuelle et transgenre.

Les squats

Bons squatters ou fauteurs de troubles ? L’image des squatters est contrastée, autant que le sont leurs actions, qu’il s’agisse d’occupations de locaux par des sans-logis, ou sans-papiers, de centres sociaux autogérés, de « squarts » dartistes ou de modes de vie alternatifs. Les mouvements sont multiformes, et leurs motivations nombreuses…L’intérêt de cet ouvrage est de retracer les étapes de l’invention du squat comme mode daction collectif, de la fin du 19e siècle jusqu’à nos jours et dans différents pays. Il met en lumière deux grandes typologies, le squat « classiste » qui revendique un droit au logement et le squat « contre-culturel » qui met en avant le droit à un espace pour vivre autrement.Dans tous les cas de figure, le squat, en tant que mode d’action collectif, a ceci de remarquable quil constitue ipso facto la réponse à la demande dont il est porteur.

Transgender History, second edition: The Roots of Today’s Revolution

Couvrant l’histoire transgenre américaine du milieu du XXe siècle à aujourd’hui, Transgender History adopte une approche chronologique du sujet de l’histoire transgenre, chaque chapitre couvrant les principaux mouvements, écrits et événements. Les chapitres couvrent les communautés transsexuelles et travestis dans les années suivant la seconde guerre mondiale; le radicalisme trans et le changement social, qui ont débuté en 1966 avec la publication de The Transsexual Phenomenon, ont duré jusqu’au début des années 1970; du milieu des années 1970 à 1990 – l’ère de la politique identitaire et des changements observés dans les cercles trans pendant ces années; et les problèmes de genre observés à travers les années 90 et 2000.

La Servante écarlate

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred,  » servante écarlate  » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Le Tour du monde en 72 jours

Elizabeth Jane Cochrane, dite Nellie Bly (1864-1922), est une figure légendaire de la presse américaine. Pionnière intrépide du reportage clandestin, elle a fait de l’infiltration sa marque de fabrique. C’est en femme, en journaliste et en solitaire qu’elle entame cette traversée en novembre 1889, chargée d’un unique sac à main. Une première. Et en 72 jours, elle boucle cette expédition, qui est autant une ode à l’audace et à la détermination qu’une lutte pour l’émancipation des femmes.


Michel Foucault (Oeuvres)

Son œuvre, entre philosophie, histoire et littérature, est difficile à situer. Les disciplines traditionnelles peinent à la contenir. Sa chaire au Collège de France s’intitulait «Histoire des systèmes de pensée». Lui-même ne cessa jamais de relire Kant, Nietzsche, Heidegger, mais il cite moins les classiques de la philosophie que d’obscurs traités, règlements ou manuels conservés dans des fonds d’archives, royaumes des historiens. Des historiens «professionnels» de son temps Foucault partage d’ailleurs l’ambition : ouvrir l’histoire à de nouveaux objets. Il reste que ce sont bien des problématiques philosophiques que renouvellent ses «histoires» (de la folie, de la sexualité), ses «archéologies» (des sciences humaines, du savoir), ses récits de «naissance» (de la clinique, de la prison). «Et j’ai beau dire que je ne suis pas un philosophe, si c’est tout de même de la vérité que je m’occupe, je suis malgré tout philosophe.»


Le président des riches

Depuis la parution du Président des riches en septembre 2010, les relations incestueuses entre le pouvoir politique et le monde de l’argent ont engendré de nouveaux rebondissements dans l’affaire Woerth-Bettencourt et dans l’incroyable feuilleton Lagarde-Tapie. Par ses amitiés et ses réseaux, Nicolas Sarkozy est toujours concerné. Ce qui est encore le cas dans la tourmente qui affecte les tableaux de la famille Wildenstein, ou le Mediator des laboratoires Servier.  La violence des rapports sociaux atteint des sommets. La réforme rétrograde des retraites, le mépris affiché envers les enseignants et les magistrats, l’appel à la xénophobie en sont des expressions. L’allègement de l’impôt de solidarité sur la fortune est emblématique de cette guerre des classes menée par les plus riches alors que les déficits et les dettes leur servent d’armes et de moyens de chantage pour que le peuple accepte la baisse du pouvoir d’achat et la destruction des services publics. Décidément, Nicolas Sarkozy est bien toujours le président des riches.


En finir avec Eddy Bellegueule

« Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d’entendre ma mère dire Qu’est-ce qui fait le débile là? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J’étais déjà loin, je n’appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j’ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l’odeur de colza, très forte à ce moment de l’année. Toute la nuit fut consacrée à l’élaboration de ma nouvelle vie loin d’ici ». En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. Très vite j’ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.


Retour à Reims

Après la mort de son père, Didier Eribon retourne à Reims, sa ville natale, et retrouve son milieu d’origine, avec lequel il avait plus ou moins rompu trente ans auparavant. Il décide alors de se plonger dans son passé et de retracer l’histoire de sa famille. Evoquant le monde ouvrier de son enfance, restituant son ascension sociale, il mêle à chaque étape de ce récit intime et bouleversant les éléments d’une réflexion sur les classes, le système scolaire, la fabrication des identités, la sexualité, la politique, le vote, la démocratie… Réinscrivant ainsi les trajectoires individuelles dans les déterminismes collectifs, Didier Eribon s’interroge sur la multiplicité des formes de la domination et donc de la résistance. Un grand livre de sociologie et de théorie critique. Pour voir l’article dédié


Testo Junkie : Sexe, drogue et biopolitique

Beatriz Preciado constate que les normes de la sexualité sont aujourd’hui produites et contrôlées par l’univers du porno comme par la diffusion de substances chimiques. Auto-cobaye pour les besoins de l’écriture en prenant de la testostérone pendant 236 jours, elle entend prouver que son corps  » n’appartient ni à [sa] famille, ni à l’Etat, ni à l’industrie pharmaceutique « . Expérience politique avant tout, cet ouvrage transgresse les limites traditionnelles de l’essai philosophique. Un véritable questionnement sur le genre et l’identité.


Statactivisme

Les statistiques nous gouvernent. Argument d’autorité au service des managers de tout poil, elles mettent en nombres le réel et maquillent les choix politiques en vérités nimbées d’une aura mathématique. Et, en effet, lorsqu’on vous assène tableaux chiffrés, courbes, diagrammes et autres camemberts, comment lutter ? Le parti pris de ce livre collectif, qui rassemble les contributions de sociologues, de journalistes, mais aussi d’artistes et de militants syndicaux ou associatifs, procède du judo : prolonger le mouvement de l’adversaire afin de détourner sa force et la lui renvoyer en pleine face. Faire de la statistique, instrument du gouvernement des grands nombres, une arme critique. Essayer du moins, explorer cette possibilité. Militer avec des chiffres, ce serait faire du statactivisme.


Pornotopie. Playboy et l’invention de la sexualité multimédia

« Si tu veux changer un homme, transforme sa maison », telle pourrait être la devise de Hugh Hefner, le fondateur de Playboy, qui présente à ses lecteurs, outre des femmes à oreilles de lapin, un véritable manifeste pour « l’émancipation masculine ». Penthouse pour célibataire, lit rotatif, jet privé Big Bunny, grottes tropicales, piscines transparentes, night-clubs, mobilier design, manoirs extravagants truffés de caméras de surveillance… En pleine guerre froide, Playboy invente la première utopie érotique de l’ère de la communication de masse : un bordel multimédia où un homme, divorcé, célibataire et polygame, vit accompagné d’une trentaine de femmes filmées en permanence dans un parc à thème sexuel. C’est en analysant les rapports entre architecture, technologie et sexualité, par le biais d’un questionnement qui échappe à toute catégorisation morale, que Beatriz Preciado étudie l’empire Playboy, première industrie de loisirs sexuels du capitalisme global.


C. Détrez et A. Simon – A leur corps défendant. 

Affiches délibérément provocantes, débats au sujet du string ou du voile, de la pornographie ou de la prostitution, mouvements néoféministes : le corps féminin sature l’espace public et les discours. La littérature et le cinéma  » tendance  » en ont fait leur spécialité. Mais ces représentations artistiques et symboliques du corps révèlent le nouvel ordre moral que les femmes doivent affronter. Retour du couple et du familialisme, ou réorientations novatrices ? La question mérite d’être posée. Car, derrière l’apparente libération des moeurs et des propos, ce qui se joue actuellement c’est bien la dangereuse perpétuation d’une forme d’essentialisation du féminin.


D.Eribon – Une morale du minoritaire

Prenant pour fil conducteur les écrits de Genêt, mais aussi ceux de Proust, Green, Jouhandeau, Fanon et bien d’autres, Didier Eribon décrit ce que produit dans la conscience et dans l’inconscient le fait d’être insulté, stigmatisé, voué à l’«abjection». Il élabore une analyse historique et sociologique de la subjectivité minoritaire, qui place en son centre l’un des affects les plus puissants de la vie sociale : la honte. Comment la honte est-elle inscrite dans le corps des individus différents ? Comment ceux-ci se réinventent-ils à partir de l’exclusion qui les a façonnés et deviennent-ils, par l’affirmation de ce qu’ils sont, les producteurs de nouvelles subjectivités ? En soulevant ces questions, Didier Eribon récuse la conception psychanalytique du sujet, et lui oppose une politique de décolonisation des esprits.


Judith Butler – Trouble dans le genre

Dans cet ouvrage majeur publié en 1990 aux États-Unis, la philosophe Judith Butler invite à penser le trouble qui perturbe le genre pour définir une politique féministe sans le fondement d’une identité stable. Ce livre désormais classique pour les recherches sur le genre, aussi bien que les études gaies et lesbiennes, est au principe de la théorie et de la politique queer : non pas solidifier la communauté d’une contre-culture, mais bousculer l’hétérosexualité obligatoire en la dénaturalisant. Il ne s’agit pas d’inversion, mais de subversion. Judith Butler localise les failles qui manifestent à la marge le dérèglement plus général de ce régime de pouvoir. En même temps, elle soumet à la question les injonctions normatives qui constituent les sujets sexuels. Jamais nous ne parvenons à nous conformer tout à fait aux normes : entre genre et sexualité, il y a toujours du jeu. Le pouvoir ne se contente pas de réprimer ; il ouvre en retour, dans ce jeu performatif, la possibilité d’inventer de nouvelles formations du sujet.


Douze ans d’esclavage : 12 Years a Slave

Ce livre raconte l histoire de Solomon Northup, un menuisier et violoniste noir du Nord. Homme libre, il est enlevé une nuit alors qu il voyage loin de chez lui pour être vendu comme esclave. Pendant douze ans, il vit « l institution particulière » de près : travail forcé de l aube jusqu au crépuscule et des coups de fouet sans cesse. Quand il retrouve enfin son statut d homme libre, il s attelle à décrire minutieusement ce qu il a vécu et ce livre en est le résultat. Malgré son calvaire, il réussit à décrire l économie du Sud avec un oeil de sociologue, une économie agraire qui comble son manque de productivité et son retard en matière d industrialisation avec cette main-d oeuvre particulièrement peu coûteuse que sont les esclaves.


Pour accéder aux autres sélections de la série :

3 thoughts on “Sélection de livres en sciences sociales (1/4)”

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