Sélection de livres en sciences sociales (2/4)

La deuxième sélection de livres

Nelly Bly – 10 jours dans un asile

« Engagée en 1887 au New York World du célèbre Joseph Pulitzer, Nellie Bly a pour mission de se faire passer pour folle et d’intégrer un asile d’aliénés, le Blackwell’s Island Hospital à New York. Elle y reste dix jours et en tire un brûlot. Dans ce reportage  » undercover « , elle met en lumière les conditions épouvantables d’internement des patientes ainsi que les méthodes criminelles du personnel ».

LouiseBrown – Sex Slaves (the trafficking of women in Asia)

« Ce livre date un peu maintenant mais j’avais commencé à le lire lors de mon voyage en 2009 en Asie et c’est une analyse brute sur les trafics d’êtres humains, les femmes en l’occurrence, en Asie. On y apprend notamment que Bangkok est une plaque tournante du continent et que de nombreuses femmes villageoises sont « embarquées » (en échange d’un peu d’argent à la famille) dans les grandes villes de pays frontaliers où elles se retrouvent seules, sans papier, droguées et violées avant qu’elles se prostituent de force. Un bouquin dur mais nécessaire ».

Sam Bourcier : Homo Inc.orporated : Le triangle et la licorne qui pète

« Avec Homo Inc.orporated, Sam Bourcier poursuit la réflexion menée dans la trilogie des Queer Zones. Ma-riage, procréation, travail, patrie, les gais et les lesbiennes ont basculé dans la sphère de la reproduction et de la production. Que reste-t-il du sujet politique LGBT lorsqu’il est défini par le droit et le management de la diversité ? Pas grand-chose. Raison pour laquelle les queers et les transféministes se mobilisent pour un agenda de redistribution économique et de justice sociale plus large que la simple demande d’égalité et d’intégration ».

Sorcières, sages-femmes et infirmières : une histoire des femmes soignantes

« Publié en 1973 aux États-Unis, Sorcières, sages-femmes et infirmières enquête sur la professionnalisation forcée de la médecine au cours des siècles et son corollaire : la diabolisation des guérisseuses populaires au XVIe siècle en Europe, la mise à l’écart des sages-femmes au XIXe et la construction du personnage de l’infirmière façon Florence Nightingale. Cet essai incisif de Barbara Ehrenreich et Deirdre English, figures de proue du Mouvement pour la santé des femmes, s’en prend à la légitimité historique d’un corps médical presque exclusivement masculin qui a relégué les femmes dans des rôles subalternes, et dénonce la monopolisation politique et économique de la santé par la classe dominante masculine ».

Peau : A propos de sexe, de classe et de littérature

« Activiste féministe lesbienne radicale depuis les années 1970, Dorothy Allison a connu le succès avec ses romans (L’Histoire de Bone, Retour à Cayro). En 1994, elle publie Peau, un recueil d’essais. Elle y parle de son enfance, d’inceste, de lesbophobie. Elle raconte son engagement féministe, sa sexualité, les «Sex Wars» des années 1980. Elle partage ses réflexions sur la littérature : comment écrire l’extrême misère sociale, comment écrire sur le sexe ? Un livre tout à la fois intime, décapant et profondément politique, réédité avec sept textes inédits en français ».

Contre-culture(s) : Des anonymous à Prométhée

« Qu’y a-t-il de commun entre les quakers et Barbe Noire ? Entre les hippies, les beatniks et les communards du XIXe siècle ? Entre les Indignés, les hackers, ces nouveaux pirates de la cyberculture, et Prométhée ? C’est ce que cet ouvrage se propose de vous expliquer. Contre-culture(s) dépeint une histoire originale des dissidences à partir des années deux mille et en remontant jusqu’à l’Antiquité grecque, au seuil de notre civilisation judéo-chrétienne ».

La Force de l’ordre. suivi de La Vie publique des livres

« Tous les désordres urbains récents qu’a connus la société française sont survenus à la suite d’interactions meurtrières entre forces de l’ordre et jeunes de quartiers dits sensibles. Mais en dehors de ces moments tragiques, quelles sont les relations entre la police et les habitants dans les banlieues ? Conduite pendant près de deux ans, l’enquête qui nourrit ce livre rend compte du quotidien d’une brigade anti-criminalité de la région parisienne. Loin des habituelles représentations, elle révèle l’ennui des patrouilles et les doutes sur le métier, les formes invisibles de violence et les expressions méconnues des discriminations, les relations ambiguës avec le monde politique et l’exception sécuritaire imposée dans certains territoires. Plutôt qu’à une dénonciation, cette anthropologie critique invite à l’approfondissement du débat sur la manière dont on police les milieux populaires ».

Didier Eribon – Principes d’une pensée critique (Kindle)

« De Réflexions sur la question gay à Retour à Reims et à La Société comme verdict, Didier Eribon a placé au centre de son œuvre plusieurs thèmes essentiels : la formation du sujet, l’inconscient et l’auto-analyse ; le système scolaire, les classes et les identités sociales ; les catégories de la politique et les mouvements sociaux ; la tradition critique…Mêlant références théoriques et littéraires, cet ouvrage affronte et déploie toutes les implications d’une pensée réellement sociologique et politique. Il renouvelle ainsi la réflexion sur un ensemble de questions qui sont au cœur du débat à l’échelle internationale et se proposant de définir les conditions d’une pensée critique ».

Sébastien Chauvin et Arnaud Lerch, Sociologie de l’homosexualité

Nourri des apports de la réflexion théorique et de la critique historique, il donne à voir la diversité des figures de la dissidence sexuelle selon les périodes, les milieux sociaux et les aires culturelles, et la façon dont celle-ci interroge les constructions contemporaines de l’hétérosexualité.  S’inscrivant dans le foisonnement des études gaies et lesbiennes, cet ouvrage propose une synthèse des recherches en sciences sociales sur l’homosexualité et les homosexuel-le-s en France et dans le monde. Il éclaire les enjeux souvent différents touchant les hommes gais et les femmes lesbiennes, tout en restant attentif à la pluralité des mécanismes sociaux qui organisent et régulent les désirs entre personnes de même sexe. L’ouvrage se propose donc de mettre en lumière non seulement la manière dont la culture façonne la sexualité, mais aussi comment, à partir de ces sexualités minoritaires, s’élaborent en retour des cultures originales.

Se dire lesbienne de Natacha Chetcuti

Alors que les recherches sur l’homosexualité masculine sont aujourd’hui nombreuses, l’homosexualité féminine n’a jusqu’à présent guère intéressé la sociologie et a fortiori la sociologie française. Natacha Chetcuti nous propose ainsi un ouvrage pionnier qui donne la parole aux lesbiennes et permet de comprendre l’expérience sociale de ces femmes. Durant cinq ans, la sociologue a mené une enquête dans des lieux de sociabilité lesbienne et recueilli une vingtaine d’entretiens approfondis avec des femmes âgées entre 30 et 50 ans se déclarant « lesbiennes ».

Eric Fassin – L’inversion de la question homosexuelle

Dans L’lnversion de la question homosexuelle, Eric Fassin inscrit les débats français, du pacs à l’ouverture du mariage, et de l’homoparentalité à l’homophobie, dans une réflexion plus large sur les enjeux actuels de l’homosexualité. Sans doute s’agit-il ici d’égalité des droits; mais en même temps se joue une critique des normes, au nom de ce qu’on peut appeler la démocratie sexuelle. Dans ce contexte, l’homosexualité et l’homophobie, de même que la conjugalité et la famille, demandent à être repensées stratégiquement. Pour le sociologue, ces débats marquent une rupture historique – une inversion de la question homosexuelle. Si depuis un siècle la psychanalyse, l’anthropologie et la sociologie interrogeaient l’homosexualité, c’est aujourd’hui la politique gaie et lesbienne qui met en question ces disciplines et, au-delà, nos sociétés.

Rêver l’obscur : femmes, magie et politique

Lucide et vivifant, Rêver l’obscur, Femmes, magie et politique campe les fondements de la pensée de l’activiste californienne Starhawk, figure majeure de l’écoféminisme. Paru en 1982 aux États-Unis, cet essai ouvre des pistes essentielles pour en finir avec le sentiment d’impuissance face à l’oppression des femmes et au saccage écologique. Je vous conseille vraiment tous les ouvrages de la collection Sorcières des éditions Cambourakis. 

Masculinités : Enjeux sociaux de l’hégémonie

Le champ d’étude des masculinités, qui existe depuis près de trente ans dans les pays anglo-saxons, connait un intérêt nouveau en France ces dernières années. Raewyn Connell, sociologue australienne, en est l’une des principales figures depuis le milieu des années 1980. C’est dans Masculinities, son ouvrage le plus connu, que Connell formalise en profondeur son concept-clé de masculinité hégémonique, qui désigne « la configuration des pratiques de genre visant à assurer la perpétuation du patriarcat et la domination des hommes sur les femmes ». Au début de l’ouvrage, Meoïn Hagège et Arthur Vuattoux reviennent sur la genèse de ce concept, son évolution, et sa place dans les études de genre. Son impact est non négligeable : c’est à partir de celui-ci que va se construire une réflexion sur les masculinités au sein des études de genre.

Culottées (Tome 2): Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent

Sonita, rappeuse afghane et exilée militante ; Thérèse, bienfaitrice des mamies parisiennes ; Nellie, journaliste d’investigation au XIXe siècle ; Cheryl, athlète marathonienne ; Phulan, reine des bandits et figure des opprimés en Inde… Les Culottées ont fait voler en éclat les préjugés. Quinze nouveaux portraits drôles et sensibles de femmes contemporaines qui ont inventé leur destin.

Les subalternes peuvent-elles parler ?

Voici, pour la première fois en français dans une traduction rigoureuse, accessible à un large public, un des textes de la critique contemporaine et des études postcoloniales les plus discutés dans le monde depuis vingt-cinq ans. Texte problématique et polémique, il a démontré depuis sa première publication, par le nombre de commentaires, de critiques et de recherches qu’il n’a pas cessé de susciter, une productivité peu commune, qui n’a d’égale peut-être dans son domaine que celle des écrits d’Edward Said et de Homi Bhabha.

Reclaim : Recueil de textes écoféministes

La COP 21 a suscité un regain d’intérêt en France pour l’écoféminisme. Ce mouvement né dans les années 1980 dans les pays anglo-saxons et dans les Suds (Inde, Afrique, Amérique Latine) a été initié par de nombreuses femmes qui ont fait le lien entre l’exploitation des ressources naturelles et l’exploitation qu’elles subissaient en tant que femmes. Cette prise de conscience a donné lieu à des actions et à des textes « écoféministes ». Cette anthologie proposée par la philosophe Emilie Hache, permet de découvrir des textes inédits des principales figures de ce mouvement : Vandana Shiva, Starhawk et bien d’autres…

La condition noire: Essai sur une minorité française

Exploits des sportifs de haut niveau, émeutes en banlieue, lutte contre le racisme et les discriminations, mouvement associatif : depuis une dizaine d’années, les Noirs vivant en France métropolitaine sont apparus si visiblement sur la scène publique nationale qu’on peut parler aujourd’hui d’une  » question noire  » française. Cet essai dense et limpide décrit et analyse, du XVIIIe siècle à nos jours, le passé et le présent d’une minorité française. Car la  » condition noire  » désigne une situation sociale qui n’est pas celle d’une classe, d’une caste ou d’une communauté, mais celle d’une minorité, c’est-à-dire d’un groupe de personnes ayant en partage l’expérience sociale d’être considérées comme noires. L’ouvrage de Pap Ndiaye est d’ores et déjà considéré comme le travail fondateur des black studies à la française.

Z.Ali : Féminismes islamiques

Féminismes islamiques : un titre qui en fera sursauter beaucoup, y compris parmi celles et ceux qui se pensent à l’abri de tout préjugé. C’est que le stéréotype « islam =oppression de la femme » croise partout comme un sous-marin, tantôt en surface et pavillon haut, tantôt dans les profondeurs de l’inconscient. Ce que montre ce livre, le plus souvent on ne le sait pas : que dans les pays où l’islam est la religion dominante, des croyantes puissent lutter pour l’égalité, retourner les textes sacrés contre le patriarcat, s’élever contre les autorités politiques et religieuses qui bafouent les droits des femmes. De l’Egypte à l’Iran, du Maroc à la Syrie, en France, aux Etats-Unis et jusqu’en Malaisie, des intellectuelles, des chercheuses et des militantes sont engagées dans une démarche féministe à l’intérieur du monde religieux musulman. Zahra Ali nous fait entendre leurs voix et propose ainsi de décoloniser le féminisme hégémonique.

De la marge au centre : Théorie féministe

Dans «De la marge au centre. Théorie féministe», son deuxième essai paru en 1984, Bell Hooks poursuit la réflexion entamée dans «Ne suis-je pas une femme?» Elle s’intéresse cette fois-ci aux succès et aux manquements des mouvements féministes des années 1900 à 1980, qui selon elle ont échoué à créer un féminisme de masse qui s’adresse à toutes les femmes. Bell Hooks nous offre un livre coup de poing dans lequel elle pousse les réflexions dans leurs retranchements, tout en préservant un style d’écriture accessible. Elle bouleverse les représentations habituelles de la pensée féministe majoritaire en mettant sur le devant de la scène les femmes noires et/ou les femmes des milieux populaires, en insistant sur le besoin profond d’une approche révolutionnaire du féminisme.

Sous-culture : le sens du style

Une authentique sociologie du punk, écrite sur le vif à l’apogée du mouvement, en 1979, devenue depuis un livre culte, qui a notamment inspiré l’essayiste américain Greil Marcus. Ce texte fondateur des  » cultural studies  » mêle écriture poétique, enquête de terrain et développements théoriques au service d’un projet atypique : une authentique sociologie du punk, écrite sur le vif, à l’apogée du mouvement, en 1979. Appliquant aux sous-cultures des concepts issus de la linguistique, Hebdige décrit de façon novatrice les conflits sociaux comme des luttes pour l’appropriation et la réinterprétation de signes, dans ce qu’il appelle, à la suite d’Umberto Eco, une  » guérilla sémiotique « . Musiques, vêtements, argots, rituels et coupes de cheveux forment des panoplies signifiantes. Toujours menacés de récupération marchande, ces  » styles  » apparaissent comme des instruments de confrontation et de résistance.

Pop culture

De Star Wars à Lady Gaga, du Seigneur des anneaux à Game of Thrones, tubes, blockbusters et best-sellers forment aujourd’hui les facettes d’une culture de masse omniprésente. Un philosophe analyse le phénomène : qu’est-ce que la  » pop culture  » ? Quels en sont les ressorts, mais aussi les implications existentielles ? Avant d’être un truc jeune et sexy, un graphisme quadrichromique simplifié à l’extrême ou un genre musical qui présente en quantité anormalement élevée des sons de synthétiseur, la pop est une stratégie, un calcul industriel alimenté par une seule obsession : savoir ce que veulent les masses. La pop culture est un ogre qui ingère tout ce qu’il trouve. Mais cette logique de réappropriation l’ouvre paradoxalement aux déclassés, aux freaks et aux minorités en tout genre. Pour l’auteur, ce qui s’y joue est d’abord l’invention de nouvelles identités.

Caliban et la sorcière

L’auteur nous invite à réfléchir aux rapports dexploitation et de domination, à la lumière des bouleversements introduits à lissue du Moyen Âge. Un monde nouveau naissait, privatisant les biens autrefois collectifs, transformant les rapports de travail et les relations de genre. Ce nouveau monde, où des millions desclaves ont posé les fondations du capitalisme moderne, est aussi le résultat dun asservissement systématique des femmes. Par la chasse aux sorcières et lesclavage, la transition vers le capitalisme faisait de la modernité une affaire de discipline. Discipline des corps féminins dévolus à la reproduction, consumés sur les bûchers comme autant de signaux terrifiants, torturés pour laisser voir leur mécanique intime, anéantis socialement.


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